Nouvelles / Opinion ㅡ Philippe Couillard a raison d’attendre

Par Salim Idrissi  |  Publié : 18/01/2017  |  Commentaires (0)
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Crédit photo : FredBL Photos 

Pourquoi le premier ministre ne profiterait-il pas plus longuement de l’habileté de ses ministres les plus en vogue et ne laisserait-il pas ceux à qui les mesures impopulaires collent à la peau terminer leur travail avant de leur confier d’autres responsabilités ou les rétrograder? L’un des grands défis qu’aura à relever Philippe Couillard sera d’arriver aux prochaines élections avec une équipe renouvelée, fraîche et rajeunie, à qui les Québécois devront à nouveau accorder leur confiance. On dit souvent que 6 mois sont une éternité en politique, or il y en a 19 qui nous séparent du déclenchement de la prochaine campagne générale. Il n’est donc pas nécessaire de se précipiter.

Après une année 2016 riche en rebondissements, plusieurs observateurs de la vie politique québécoise s’attendaient à voir le conseil des ministres de Philippe Couillard être remanié en profondeur. Beaucoup de spéculations ont entouré la possibilité d’un remaniement ministériel à Québec, sûrement dû au fait qu’il avait été pour un temps sérieusement envisagé. Finalement, aucun changement n’aura eu lieu sauf celui visant le retour à l’avant plan de Pierre Moreau suite à une longue convalescence, soulageant ainsi Carlos Leitao de la charge de Président du Conseil du Trésor, qu’il cumulait temporairement à celle de ministre des Finances.

D’un point de vue politique, le premier ministre Couillard a raison d’attendre avant de revoir la distribution des rôles dans son équipe ministérielle. En effet, le dernier exercice du genre date d’il y a moins d’un an, sans compter les nombreux ajustements forcés par certains évènements impromptus. Le conseil des ministres dans sa composition actuelle a encore du millage à parcourir et peut gagner du temps en espérant peu ou pas d’erreur de parcours. Procéder à des changements majeurs en ce moment aurait cautionné les théories faisant état d’une année 2016 difficile pour le gouvernement et donnerait l’impression que ce dernier est guidé par l’influence des commentateurs politiques. Or, en reportant à une date ultérieure son remaniement ministériel, Philippe Couillard envoie le signal que son équipe actuelle est stable, cohérente et qu’elle est fixée sur des objectifs clairs.

De plus, un remaniement longuement attendu et aux attentes élevées, aurait eu le potentiel de déplaire à une partie du caucus libéral, étant généralement impossible de répondre à toutes les attentes dans une telle opération. En attendant la fin de l’été avant de rebrasser ses cartes, soit à un an de l’échéance électorale, Philippe Couillard pourra non seulement tabler sur l’importance de l’esprit d’équipe mais aussi compter sur des députés moins enclins à fronder car conscients de la nécessité de se rassembler et de resserrer les troupes. Surtout que d’ici là, le parti leur aura esquissé ses premières stratégies en vue des élections de 2018 et que les annonces de réinvestissement dans la société après des années de rigueur dans la gestion des finances publiques se seront multipliées.

Par ailleurs, il sera moins difficile de composer avec les députés hautement déçus et les ministres rétrogradés en fin d’été. À seulement un an de la fin de leur mandat, les raisons de briser le contrat moral qui les lie à leurs électeurs en démissionnant sont minces, sans oublier que cela impliquerait aussi la perte de leurs indemnités de départ. Dans le cas où certains voudraient tout de même claquer la porte, des circonscriptions intéressantes se libéreraient et créerait l’occasion de rajeunir le caucus, en plus de faire durer jusqu’aux élections l’image de fraîcheur et de renouveau que susciterait un conseil des ministres significativement remanié.

 

 

À propos de l'auteur

Salim Idrissi

Directeur conseil, affaires publiques